Sigma-arp

Association de Recherches en Psychopathologie

ÉDITORIAL par Audrey Popille


                                            « L’événement que nous visons dans notre clinique, est, selon la formule de Jacques-Alain Miller, “la production d’un sujet”, ce qui se situe dans le champ du désir et de l’inconscient et non dans un protocole. »1


     Le 20 décembre dernier, le Premier ministre François Fillon a attribué à l’autisme le label de « Grande Cause nationale 2012 », qui se situe dans la continuité du plan autisme 2008-2010. Il entend améliorer son dépistage précoce, développer l’accompagnement des enfants autistes et favoriser leur intégration et leur maintien en milieu scolaire ordinaire.
     Peu de temps après, le député UMP Daniel Fasquelle a déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi « visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes »2.

  La radicalité de cette proposition de loi fait sourdre l’indignation et alimente actuellement des débats brûlants3. Pourquoi vouloir ainsi subitement interdire la psychanalyse, dont l’intérêt et la légitimité se mesurent par l’ouverture au monde, souvent décisive, qu’elle obtient de la part des sujets autistes ?

    Nous souhaitons, à travers la publication de ce numéro que nous avons consacré à la question de l’autisme, mettre en lumière la position éthique de la psychanalyse, et l’orientation de travail qu’elle propose aux sujets et à leurs familles, du côté d’un choix, celui de s’appuyer sur les signes d’intérêt du sujet pour l’inviter à inventer sa propre façon d’être au monde, à faire valoir sa singularité dans le lien social, sans le réduire aux signes d’un déficit ou d’un handicap inexorable.

  Nous avons choisi de donner la parole à différents professionnels qui travaillent avec les sujets autistes. Ainsi, institutrice, psychomotricien, infirmière, éducateurs, intervenants, directeurs, chercheurs, psychologues, psychanalystes, réalisateur et metteur en scène ont choisi de transmettre ici leur rencontre particulière avec ces sujets, le fil de leurs recherches théoriques, les conditions originales qui ont suscité une mise au travail et ouvert un dialogue possible.

   Pluralité de l’autisme. Ce titre se veut le reflet des discussions qui ont fait le sel de la mise au travail de notre équipe éditoriale au cours de l’élaboration du numéro. En effet, comme nous le rappelle Éric Laurent, « il s’agit de ne pas oublier la pluralité des points de vue que produit la complexité de l’autisme »4. Cette pluralité indique qu’il n’y a pas une seule façon, valable pour tous, de penser la question de l’autisme. Et c’est heureux !
    Le pari de la psychanalyse est quant à lui de susciter les conditions d’une « bonne rencontre entre le désir d’un adulte et un enfant en panne »5. Par la prise en compte de la logique subjective propre à chaque enfant, son opération vise à le soutenir dans ses tentatives originales de faire avec l’Autre, et de s’inscrire, de manière singulière, au monde.

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1 De Halleux (B.), « Rester éthique malgré la TCC », in Mental, 20, février 2008, p. 131.
2 www.assemblee-nationale.fr, proposition de loi n°4211.
3 À l’heure actuelle, même au sein du Gouvernement, des réactions émergent, comme en témoigne la « Lettre ouverte à Daniel Fasquelle concernant la proposition de loi visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des autistes » par Edwige Antier, députée UMP de Paris et pédiatre.
4 Laurent (É.), « Storytelling et jugement », in Lacan Quotidien, 142, 28 janvier 2012, www.lacanquotidien.fr.
5 Lacadée (P.), « Mais enfin, il y a sûrement quelque chose à leur dire », in De Halleux (B.)(sous la direction de), “Quelque chose à dire” à l’enfant autiste, Éditions Michèle, Paris, 2010, p. 17.


SOMMAIRE

Éditorial, Audrey Popille

CLINIQUE

Un atelier piscine « à côté », Caroline Rebillout
Enregistrer sa partition, Olivier Brisson
Hamza et son monde presque parfait, Sandra Ruchard
Comment construire un corps ? Le cas de Gilles, Guillaume Miant
Le petit à côté de Marcel, Julien Lecubin
Clinique du détail, Odile Deray, Alexandra Gaudin, Mylène Gillet, Patricia Isak, Ghislaine Raffray
Quelqu’un, sous le signe, Fabienne Hody

RECHERCHES

De l’invention du concept d’autisme à la découverte d’un type clinique, Quels enseignements cliniques ?, Myriam Perrin
L’autisme et la clinique lacanienne, Voies et conséquences d’une sortie de l’autisme, Dominique Holvoet
L’autisme : de l’exil au dialogue, Jean-Pierre Rouillon
Spécificité de l’aliénation chez le sujet autiste, entretien avec Jean-Claude Maleval
Deux questions aux directeurs d’institution, Alexandre Stevens, Sinâ Foroughi, Jean-Robert Rabanel, Nicola Purgato
Entretien avec Antonio Di Ciaccia

OUVERTURES

« D’autres voix. Un regard différent sur l’autisme », entretien avec Iván Ruiz
Babouillec, De l’autiste sans paroles à l’auteur porte-parole, Arnaud Stéphan
Une conversation unique entre un père et son fils, Marie Brémond
« Le mur », La rigueur documentaire à l’épreuve de l’éthique psychanalytique, Virginie Leblanchttp://www.assemblee-nationale.frhttp://www.lacanquotidien.frshapeimage_6_link_0shapeimage_6_link_1

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Sigma n° 5

« Pluralité de l’autisme »