Sigma-arp

Association de Recherches en Psychopathologie

ÉDITORIAL par Yann Divry


« Assumé jusqu’en sa fin dernière, l’acte devient alors politique dans sa portée. »
E. Lemoine-Luccioni


   Notre premier numéro, Panser avec des maux, a reçu, l’an passé, un bon accueil dans le champ des publications de psychopathologie et de clinique psychanalytique. L’expérience méritait donc une suite que nous lui donnons aujourd’hui sous le thème de « modalités et maniements du transfert ». D’autres thèmes suivront, ainsi que, vraisemblablement, la préparation et l’édition, sous une autre ligne, de quelques hors-séries.

    La parution de ce deuxième, et quoiqu’elle ait suivi d’autres voies d’élaboration, ré-affirme toutefois l’orientation du premier : l’éthique de la psychanalyse sert ici de fil rouge en ce qu’elle véhicule, dans ses implications théoriques et ses applications pratiques, une clinique du sujet.

   À ce titre, les modalités et maniements du transfert sont à comprendre comme l’expression d’une même réalité clinique qui, à se fonder sur l’offre, se décline à partir d’une demande adressée. Chacun sait combien l’amour y joue sa partie de s’adresser au savoir ; chacun sait aussi combien la pente est glissante à s’y laisser prendre, ou à n’y pas reconnaître le reflet d’une jouissance ou les moires du désir. Breuer, il y a plus d’un siècle déjà, put apprécier les désagréments d’en méconnaître l’existence et la nature véritable.

  Mais l’ignorance a la vie dure – c’est même une véritable passion. Et le récent débat sur la formation des psychothérapeutes témoigne de ce que « l’arrêté-scélérat »1 loin d’en limiter la portée en programmait la culture, sous sa forme la plus convenue, la plus convenable : la bienveillance. On ne peut que s’interroger sur ce qui en faisait le fonds. Car loin d’en être dépourvu plutôt l’aurait-il touché en satisfaisant à l’Autre de la demande, en rabattant un objet supposé valoir sur le sujet supposé savoir.

   De ce dernier, ceux qui évoquent ici leur pratique et leur recherche n’en méconnaissent pas le point-pivot « d’où s’articule tout ce qu’il en est du transfert »2, et témoignent de la valeur opérante de l’agent dont ils soutiennent leur discours. Chacun pointe qu’il existe des nouages transférentiels, qu’appellent ses différentes modalités, en fonction des rencontres, et qu’il n’y a de maniements que du transfert.

   En suivant une ligne ténue où vibrent les résonances de la langue et les échos du temps, la ponctuation des ren-contres et le rythme du discours, le non-su s’ordonne – comme cadre du savoir3 – où se distinguent les noms de l’amour comme ce qui supplée à l’insu que cède l’inconscient. Le dialogue ne peut que s’en réduire : au quid que le sujet adresse à l’Autre, lui répond le quod de son désir énigmatique.

_________________________
1 Selon l’heureuse formule de Jacques-Alain Miller.
2 Lacan (J.), « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », in Scilicet, 1, Seuil, Paris, 1968, p. 19.
3 Ibid., p. 21.


SOMMAIRE

Éditorial, Yann Divry

CLINIQUE

Un transfert à partir de « rien », Agathe Merlin
« Je pense toujours au pire », Thomas Kusmierzyk
David et la dame en noir, Vincent Nicotra
Jouer sa partie, Myriam Perrin
L’établissement du lien, Amaury Cullard

RECHERCHES

Le quelqu’un du transfert, Sylvain Hannoun
Le maniement du transfert dans la névrose et dans la psychose, Monique de Villers
Transfert et clinique des psychoses, Gwénola Druel-Salmane
Trognon du transfert et invention de l’objet, Daniel Cadieux
Rythmes, Joseph Attié

OUVERTURES

Entrevues : une expérience de consultation pour adolescents, Jean-Noël Donnart
Pierre Abélard, pas sans Héloïse, Mélinda Marx
Une souris et des hommes, Alice Le Glaunec
À propos de l’adolescence errante, Séloua Elkhattabi

Σ          Qui sommes-nous ?          Nous contacter          Les membres          Liens

Sigma n° 2

« Par l’être d’amour »