Sigma-arp

Association de Recherches en Psychopathologie

PRÉFACE de Laurent Ottavi

Σ ω

    C’est ici le numéro un de Sigma. Alors on l’approche. On le regarde et on ouvre le volume, sa mise en page et ses rubriques, et déjà les choses s’ordonnent et notre attention change de plan. Le recueil que l’on tient ici s’inscrit bien sûr dans des histoires et dans l’histoire : les premières sont particulières aux fondateurs de Sigma, elle est ce que la conjonction de désirs singuliers a pu déterminer d’échanges et de débats, d’actes et de produit. Mais elle s’arrime à une histoire aussi : celle du « genre » dans lequel ce numéro s’inscrit, un genre qu’il vient à son tour relancer et décompléter.

    Sigma est une « Revue de recherches en psychopathologie et de clinique psychanalytique ». Il faut être sensible à cette articulation et ne pas croire la résoudre trop vite. Car il ne s’agit pas ici d’abonder dans le sens d’une inclusion très regrettable (oubliez le « et de », et vous voilà déjà revenu dans une clôture qui en perdit plus d’un), il s’agit au contraire de jouer de la double articulation, de la tension, de la non superposition entre l’institution psychologique et psychopathologique, professionnelle et à l’université – toujours en prise, depuis 60 ans avec la question de son unité et de sa clôture –, et de la clinique psychanalytique. C’est là une clinique qui est, comme telle, orientée, qui est expérience à révéler plus que programme à planifier, et qui ménage toujours par là le lieu de la surprise, celui de la jouvence aussi. Il faut alors lire ce recueil dans son long pour saisir que l’expérience est là en effet convoquée, avec tout le sérieux qui s’y attache.

    Les registres ici en présence sont donc distincts, et la division fondatrice qui s’y marque va contre toute réassurance disciplinaire, mais aussi contre toute revendication de légitimité qui irait de soi. C’est sur le souci de la démarche, la rigueur de son orientation que les promoteurs et auteurs de cette nouvelle revue vont parier, afin de réinterroger en retour ces deux dimensions de référence qui restent non superposables : il s’agit alors de mettre en tension l’expérience et les savoirs régionaux, et retour, afin de réinterroger leurs articulations. Alors l’institution, en chacun de ses acteurs peut-elle produire le meilleur que sa permanence même appelle de tous ses vœux : se renouveler, transmettre, parier sur les autres essais et inventions, en se réglant sur le Réel.

   Alors, pourquoi ne pas établir le rapport qui se dessine ? Dans son « Projet d’une psychologie à l’usage des neurologues », Freud pose que « l’appareil psychique » s’érige de trois systèmes articulés : φ, ψ et ω. Et en renvoyant au W de Warhnehmung, l’ω inscrit le champ du perçu ; c’est d’emblée marquer une tension, qui articule la Chose au psychisme, et dégage le point qui a sans doute permis à Freud d’accéder à l’orée de cette nouvelle clinique, dont la question, comme le rappelle Lacan, sera celle du déchiffrage de la structure du langage, lesté de la jouissance, qui façonne ensemble les formations qui la présentifient.

    D’ω au symptôme, ici chiffré Σ, c’est là l’histoire aux articulations complexes, jamais achevées et toujours relancées, dans laquelle se rangent ces articles assurément tous passionnants, comme le projet lui-même. À s’inscrire dans le temps propre de leurs auteurs, qui n’ignorent pas que c’est à la découverte même de l’Inconscient qu’ils doivent leur orientation, il prend ici nouvelle vigueur et nouveaux défis. Alors, c’est avec tous nos remerciements adressés à chacun des partenaires qui font que Σ est maintenant un objet dans le monde, qui nous enseigne, que nous invitons le lecteur à ce plaisant rendez-vous et à ceux qui vont venir, à suivre.


ÉDITORIAL par Yann Divry

    Entre la psychanalyse à l’université et l’expérience d’une clinique orientée par la psychanalyse se transmet ce qui ne s’enseigne pas : une éthique. Celle-ci se délite en « éthiquettes » si l’on ne s’y règle pas.

    L’abrasion contemporaine du symptôme, ou de ce qui fait symptôme, procède d’une exclusion du malaise dans la civilisation au profit d’un lissage et d’un ravalement du statut du sujet au rang de consommateur. Ce discours de notre modernité tend à gommer la créativité que l’Homme met en œuvre pour nommer l’innommable. La méprise est d’opposer à cette fonction de nomination une simple nomenclature descriptive et quantitative, dont l’expansion infinie signe l’échec à cerner le réel.

   Cependant si l’enveloppe formelle du symptôme, son caractère visible et parfois bruyant, peut bien s’éliminer en effet, ce ne sera jamais qu’en effets seulement. Car l’animal délogé de son enveloppe s’en ira quérir alors une autre coquille, ou bien muera. Il en va de sa survie. Puisque le réel du symptôme ne se rend pas, qu’il s’invente, et que supposer un symptôme comme signe du sujet c’est supposer qu’un sujet fasse signe sans le savoir, nous prêtons ces pages à tous ceux qui s’en enseignent : étudiants, universitaires, chercheurs et professionnels.

    Σ est le chiffre du symptôme, la lettre qui le désigne ; mais aussi symbole de la somme de nos désirs singuliers. À soutenir une clinique du sujet, Σ comme nom nomme donc le symptôme lui-même que nous adressons, en retour, aux fantasmes de son éradication programmée.

    Panser avec des maux est le titre de notre première publication. Comme tel, il prend acte de la structure du symptôme comme étant de l’ordre du signifiant. À jouer de son équivoque, il laisse entendre ce qu’il doit à l’instauration de cet ordre du traitement de la jouissance par le symptôme ; un « qui ne cesse pas de s’écrire ». On y lira donc ce qui s’entend : le sujet de la clinique, le chercheur de la recherche et les désirs d’ouvertures.


SOMMAIRE

Préface, Laurent Ottavi

Éditorial, Yann Divry

CLINIQUE

Un véhicule pour le sujet, Claire Brisson
Une élaboration autistique : lorsque l’eau vient donner corps, Marie Leblanc
Compter avec l’autre, Amaury Cullard
C’est interdit de ne pas regarder, Solène Caron

RECHERCHES

Symptôme de l’enfant et clinique psychanalytique, Gwénola Druel-Salmane
Répondre de sa jouissance, Nathalie Bouvier
Une existence dévouée au mode de jouissance, Mathilde Lecomble
Les fourmis blanches : passion de la mort et éthique de l’action chez Mishima, Mathieu Personnic
Le double autistique comme support d’une énonciation artificielle, Jean-Claude Maleval

OUVERTURES

La Cage aux Secrets, Le Nerf Violé, Alexis Geargeoura
Cré-action psy, Jean-Claude Barbeau
Psychopathologie fondamentale, David F. Allen
Le Diable probablement n° 1, Caroline Leduc

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Sigma n° 1

« Panser avec des maux »